Comptabilité micro-entreprise : le minimum vital pour rester en règle
La micro-entreprise bénéficie d'obligations comptables allégées. Pas de bilan, pas de compte de résultat, pas d'annexes comptables. Mais « allégé » ne signifie pas « inexistant ». En 2026, deux documents sont obligatoires : le livre des recettes et, pour les activités de vente, le registre des achats. Leur absence expose à une amende pouvant atteindre 1 500 €.
Au-delà de l'obligation légale, une comptabilité bien tenue est votre meilleur outil de pilotage. Elle vous permet de suivre votre rentabilité, d'anticiper vos cotisations, de justifier vos revenus auprès des banques et de préparer sereinement vos déclarations de chiffre d'affaires.
Le livre des recettes : le document incontournable
Tout micro-entrepreneur, quelle que soit son activité, doit tenir un livre des recettes chronologique. Ce registre recense l'ensemble des sommes encaissées dans le cadre de l'activité professionnelle.

Mentions obligatoires pour chaque encaissement
Chaque ligne du livre des recettes doit comporter :
- La date d'encaissement (pas la date de facturation)
- L'identité du client (nom ou raison sociale)
- La nature de la prestation ou du produit vendu
- Le montant encaissé (en euros)
- Le mode de règlement (espèces, chèque, virement, carte bancaire, PayPal)
- La référence de la facture correspondante
Les encaissements doivent être enregistrés dans l'ordre chronologique, sans blanc, sans rature (en numérique, sans suppression ni modification a posteriori). C'est le caractère inaltérable du livre de recettes qui lui donne sa valeur probante en cas de contrôle.
Format du livre de recettes
Le livre peut être tenu sur un registre papier (acheté en papeterie), sur un tableur (Excel, Google Sheets) ou via un logiciel de comptabilité/facturation. Le tableur est le format le plus courant chez les micro-entrepreneurs. Si vous utilisez un tableur, imprimez-le et signez-le chaque mois ou trimestre pour figer les données — un fichier Excel modifiable à tout moment n'a pas de force probante en cas de litige.
Les logiciels de facturation comme Henrri, Tiime ou Abby génèrent automatiquement le livre de recettes à partir de vos factures encaissées. C'est la solution la plus fiable et la moins chronophage.
Le registre des achats : obligatoire pour les vendeurs
Si votre activité principale est la vente de marchandises, d'objets, de fournitures ou de denrées, vous devez en plus tenir un registre des achats. Ce document récapitule chronologiquement l'ensemble de vos achats professionnels.
Mentions obligatoires
Chaque ligne du registre des achats doit indiquer : la date d'achat, l'identité du fournisseur, la nature des biens achetés, le montant, le mode de règlement et la référence de la facture d'achat. Conservez les factures d'achat originales — elles constituent les pièces justificatives du registre.
Bon à savoir : les prestataires de services (BIC ou BNC) ne sont pas tenus de tenir un registre des achats. Mais rien ne vous interdit de le faire volontairement — c'est même recommandé pour suivre vos dépenses et évaluer si le régime micro reste avantageux par rapport au régime réel.
Conservation des documents : les durées légales
En micro-entreprise, les durées de conservation sont les mêmes que pour toute entreprise. Les ignorer expose à des difficultés en cas de contrôle fiscal (qui peut porter sur les 3 dernières années, voire 6 en cas de fraude).
| Document | Durée de conservation |
|---|---|
| Livre des recettes | 10 ans |
| Registre des achats | 10 ans |
| Factures émises et reçues | 10 ans |
| Relevés bancaires professionnels | 10 ans |
| Déclarations de CA (URSSAF) | 6 ans |
| Déclarations fiscales | 6 ans |
| Contrats commerciaux | 5 ans |
Le format numérique est accepté pour tous ces documents, à condition de garantir leur intégrité et leur lisibilité dans le temps. Sauvegardez vos fichiers sur au moins deux supports distincts (disque dur + cloud, par exemple).
Outils gratuits pour la comptabilité micro
Vous n'avez pas besoin d'un logiciel payant pour gérer votre comptabilité de micro-entrepreneur. Plusieurs solutions gratuites font parfaitement l'affaire.

Tableur (Excel, Google Sheets, LibreOffice Calc)
Solution zéro coût. Créez un tableau avec les colonnes obligatoires (date, client, nature, montant, mode de règlement, référence facture). Ajoutez un onglet pour le suivi mensuel de votre CA et de vos cotisations. Limitez les formules complexes et imprimez régulièrement.
Applications spécialisées gratuites
Abby : conçu pour les micro-entrepreneurs. Gère les factures, le livre de recettes, le suivi de CA par rapport aux seuils et même les déclarations URSSAF. Version gratuite généreuse.
Henrri : facturation illimitée et livre de recettes automatique. Interface épurée, export PDF. Entièrement gratuit, financé par le réseau Rivalis.
Tiime : comptabilité automatisée via le rapprochement bancaire. Récupère vos relevés bancaires et catégorise les mouvements. Version gratuite avec l'essentiel.
myAE.fr : tableau de bord spécialisé auto-entrepreneur. Suivi de CA, alertes sur les seuils, génération du livre de recettes. Gratuit dans sa version de base.
Comment piloter sa rentabilité en micro-entreprise
Au-delà des obligations légales, votre comptabilité est un outil de pilotage. Voici les indicateurs à suivre chaque mois.
Le CA cumulé vs les seuils
Suivez votre CA cumulé depuis le 1er janvier et comparez-le aux plafonds micro (188 700 / 77 700 €) et aux seuils de franchise TVA (91 900 / 36 800 €). Une alerte à 80 % du seuil vous laisse le temps d'anticiper.
Le revenu net réel
Votre revenu net = CA - cotisations sociales - impôt sur le revenu - charges professionnelles réelles. Même si les charges ne sont pas déductibles en micro, les connaître vous permet de vérifier que le régime reste avantageux. Si vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire (34 % en BNC, 50 % en BIC), le régime réel serait plus favorable.
Le taux horaire réel
Divisez votre revenu net mensuel par le nombre d'heures travaillées (production + prospection + administration). Si votre taux horaire réel tombe en dessous du SMIC horaire (11,88 € en 2026), quelque chose ne va pas : vos tarifs sont trop bas, vous passez trop de temps en non-facturable, ou votre activité n'est pas viable.
Contrôle fiscal et URSSAF : comment ça se passe ?
Les micro-entrepreneurs peuvent faire l'objet de contrôles, même si leur comptabilité est simplifiée. Deux types de contrôles sont possibles.
Le contrôle URSSAF
L'URSSAF peut vérifier la cohérence entre vos déclarations de CA et la réalité de votre activité. Le contrôle porte généralement sur les 3 dernières années. L'agent de contrôle demandera votre livre de recettes, vos factures et vos relevés bancaires. Il vérifiera que le total de vos encaissements correspond au CA déclaré.
Le contrôle fiscal
L'administration fiscale peut contrôler votre déclaration de revenus. En micro-entreprise, les points de contrôle portent sur la cohérence du CA déclaré (entre URSSAF et impôts), le respect des seuils de franchise TVA, et l'absence de revenus non déclarés. Le contrôle peut être un simple examen de pièces (par courrier) ou un contrôle approfondi sur place.
Le hic : en cas de discordance entre votre CA déclaré à l'URSSAF et celui mentionné sur votre déclaration de revenus, l'administration applique automatiquement le montant le plus élevé et vous réclame la différence, majorée de pénalités de 10 à 40 %. D'où l'importance de tenir une comptabilité rigoureuse et cohérente entre les deux déclarations.
Quand passer à une vraie comptabilité ?
La comptabilité simplifiée de la micro-entreprise devient insuffisante dans plusieurs situations.
Vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire : en micro, vous ne pouvez pas déduire vos charges. Si elles représentent plus de 34 % (BNC) ou 50 % (BIC) de votre CA, le régime réel est plus avantageux. Une comptabilité en partie double devient alors nécessaire.
Vous passez en société : la transformation en société (EURL, SASU) impose une comptabilité complète : bilan, compte de résultat, annexes, dépôt des comptes au greffe. Un expert-comptable devient alors incontournable.
Vous voulez lever des fonds ou emprunter : les banques et les investisseurs demandent des documents comptables détaillés (bilans prévisionnels, comptes de résultat). Le livre de recettes d'une micro-entreprise ne suffit pas pour un business plan crédible.
Résultat : la comptabilité micro-entreprise est volontairement simple — un livre de recettes, un registre d'achats pour les vendeurs, et la conservation des factures pendant 10 ans. Ce minimum suffit tant que votre activité reste modeste. Mais ne confondez pas simplicité et négligence. Un livre de recettes bien tenu, un suivi mensuel de votre CA et une provision régulière pour les cotisations sont les trois piliers d'une micro-entreprise saine et durable.
EURL et SASU : rappel des caractéristiques
L’EURL et la SASU sont deux formes de société unipersonnelle souvent mises en balance par les créateurs d’entreprise qui veulent sortir du cadre de la micro-entreprise. Dans les deux cas, la responsabilité de l’associé unique est en principe limitée au montant des apports, sauf faute de gestion ou garanties personnelles accordées à une banque. Résultat : ces statuts rassurent les porteurs de projet qui veulent structurer une activité avec un cadre juridique plus formel qu’une entreprise individuelle.
L’EURL correspond à une SARL avec un seul associé. Son fonctionnement est encadré par la loi, avec des règles assez balisées pour la rédaction des statuts, la prise de décision et la gestion courante. Le gérant associé unique relève en général du régime des travailleurs non-salariés, avec des cotisations sociales souvent plus basses que dans une SASU, mais une protection sociale moins large.
Deux logiques de gestion différentes
La SASU, version unipersonnelle de la SAS, séduit pour sa souplesse statutaire. Le président est assimilé salarié s’il est rémunéré, ce qui signifie une couverture sociale plus proche de celle d’un salarié classique, hors assurance chômage. Le hic : le coût des charges sociales est plus élevé, ce qui pèse vite sur la trésorerie lors des premiers mois.
Sur le terrain fiscal, l’EURL est soumise par défaut à l’impôt sur le revenu si l’associé unique est une personne physique, avec option possible pour l’impôt sur les sociétés. La SASU, elle, relève en principe de l’impôt sur les sociétés, avec une option temporaire pour l’impôt sur le revenu pendant 5 exercices sous conditions. Bon à savoir : le taux réduit d’IS reste fixé à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfices en 2026 pour les PME remplissant les critères, puis le taux normal s’applique à 25 %.
Côté création, les frais administratifs restent proches : publication d’annonce légale, immatriculation, dépôt du capital. En 2026, il faut souvent prévoir entre 250 € et 450 € hors accompagnement, et davantage si les statuts sont rédigés par un professionnel. Pour comparer avec d’autrès formes d’activité, vous pouvez consulter ce guide sur le choix du statut juridique. Pour une décision engageante sur la fiscalité, la rémunération ou la protection sociale, mieux vaut échanger avec un expert-comptable ou un avocat.
Tableau comparatif complet (12 critères)
Entre EURL et SASU, la comparaison ne se limite pas à une question de charges sociales. Le choix dépend du niveau de revenus visé, de la stratégie de distribution de dividendes, du besoin de souplesse et du profil du dirigeant. Voici les 12 critères qui reviennent le plus souvent dans les arbitrages des créateurs en 2026.
Les 12 points à passer au crible
1. Nombre d’associés : un seul dans les deux cas, avec possibilité d’évolution vers SARL ou SAS. 2. Responsabilité : limitée aux apports, hors exceptions. 3. Capital social : libre, à partir de 1 €, même si un capital plus élevé améliore parfois la crédibilité bancaire. 4. Régime social du dirigeant : TNS en EURL, assimilé salarié en SASU. 5. Coût des cotisations : souvent autour de 45 % de la rémunération nette visée en EURL, contre un coût global pouvant approcher 75 % à 82 % du net en SASU selon les cas.
6. Protection sociale : plus étendue en SASU sur la maladie, la retraite de base et la prévoyance, sans assurance chômage automatique. 7. Fiscalité des bénéfices : IR par défaut en EURL si associé personne physique, IS par défaut en SASU. 8. Dividendes : en EURL, une partie peut entrer dans l’assiette sociale au-delà de 10 % du capital, des primes d’émission et des sommes versées en compte courant ; en SASU, les dividendes supportent surtout la flat tax de 30 %, sauf option au barème. 9. Souplesse statutaire : avantage SASU. 10. Cadre juridique : avantage EURL pour ceux qui veulent un fonctionnement plus normé.
11. Entrée d’investisseurs : plus fluide en SASU, qui se transforme facilement en SAS. 12. Crédibilité et gouvernance : la SASU parle souvent davantage aux investisseurs et à certains partenaires. Résultat : l’EURL reste souvent retenue pour un projet de revenus réguliers avec arbitrage sur les charges, tandis que la SASU s’impose plus fréquemment pour une activité évolutive ou une future levée de fonds.
Vous voulez simuler l’impact de la rémunération et des cotisations ? Consultez notre simulateur de rémunération du dirigeant. Pour trancher sur des montages avec dividendes, holding ou option fiscale, l’avis d’un expert-comptable ou d’un avocat reste recommandé.
Quel statut choisir selon votre profil
La bonne question n’est pas seulement : EURL ou SASU ? Il faut plutôt demander : quel statut colle à votre façon de vous rémunérer, à votre niveau de risque et à votre projet à trois ans ? Entre protection sociale, poids des cotisations et ouverture du capital, les écarts deviennent vite concrets sur un budget annuel.
Profils types : à chacun son arbitrage
Vous cherchez à maximiser le revenu net avec une activité stable, peu de besoins en investisseurs et une gestion serrée des charges ? L’EURL revient souvent en tête. Pour un dirigeant qui se verse une rémunération régulière, le régime TNS permet en 2026 de limiter le coût social par rapport à la SASU, même si la couverture est moins généreuse sur certains postes.
Vous visez une image plus corporate, une entrée future d’associés ou un projet scalable dans le conseil, la tech ou les services B2B ? La SASU marque des points. Sa mécanique séduit aussi les entrepreneurs qui veulent arbitrer entre salaire et dividendes, même si le salaire coûte davantage à la société. Le hic : sans rémunération, le président ne valide pas de droits sociaux comparables à ceux d’un salarié rémunéré.
Vous lancez une activité avec faible chiffre d’affaires au départ ? Avant même de choisir EURL ou SASU, la micro-entreprise reste parfois un passage utile. En 2026, les plafonds du régime micro sont fixés à 188 700 € pour les activités de vente et 77 700 € pour les prestations de services. Résultat : pour tester un marché, ce cadre peut rester plus léger, avant une bascule vers une société si le projet prend de l’ampleur.
Vous prévoyez de vous verser surtout des dividendes ? La SASU est souvent regardée de près, car les dividendes n’entrent pas dans l’assiette sociale comme en EURL au-delà de certains seuils. Vous voulez un cadre plus balisé et moins de liberté statutaire à gérer ? L’EURL rassure souvent. Pour aller plus loin, consultez notre guide EURL ou SASU. Et pour toute décision importante sur la fiscalité, la rémunération ou la protection sociale, prenez conseil auprès d’un expert-comptable ou d’un avocat.
FAQ (10 questions)
Les créateurs d’entreprise posent souvent les mêmes questions au moment d’arbitrer entre EURL et SASU. Voici une FAQ en 10 questions, avec des réponses courtes et orientées terrain. Le but : aller droit au point sans perdre de vue les chiffres 2026.
Les questions les plus fréquentes
1. Peut-on créer une EURL ou une SASU avec 1 € ? Oui, dans les deux cas. Bon à savoir : un capital de 1 000 € à 5 000 € peut toutefois mieux rassurer certains partenaires.
2. Quel statut coûte le moins en charges sociales ? L’EURL, en général, si le gérant est associé unique rémunéré.
3. Quel statut protège le mieux socialement ? La SASU, via le régime assimilé salarié, hors chômage.
4. Les dividendes sont-ils plus avantageux en SASU ? Souvent oui, car ils ne supportent pas les mêmes cotisations sociales qu’en EURL au-delà du seuil de 10 %.
5. Quel statut choisir pour faire entrer des investisseurs ? La SASU, plus simple à transformer en SAS et plus lisible pour des investisseurs.
6. Peut-on opter pour l’impôt sur le revenu en SASU ? Oui, temporairement, pendant 5 exercices au maximum et sous conditions.
7. Quel est le taux d’IS en 2026 ? 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfices pour les PME éligibles, puis 25 %.
8. Faut-il un expert-comptable ? Pas toujours obligatoire, mais fortement recommandé dès que la structure se complexifie.
9. Peut-on passer de micro-entreprise à SASU ou EURL ? Oui, c’est fréquent quand le chiffre d’affaires progresse ou quand le dirigeant veut changer de cadre fiscal et social.
10. Quel budget prévoir pour créer sa société ? Souvent entre 250 € et 450 € pour les formalités de base, hors honoraires d’accompagnement.
Une dernière question directe : faut-il choisir seul ? Mieux vaut éviter si les enjeux portent sur la rémunération, la fiscalité ou la protection du patrimoine. Le hic : une mauvaise option peut produire des effets pendant plusieurs exercices. Pour approfondir les démarches, consultez notre checklist de création de société et échangez avec un expert-comptable ou un avocat pour les décisions importantes.