Plafonds micro-entreprise 2026 : les seuils à surveiller de près
Le régime de la micro-entreprise repose sur un principe simple : tant que votre chiffre d'affaires reste sous certains seuils, vous bénéficiez d'un cadre fiscal et social allégé. Mais ces seuils sont multiples et ne fonctionnent pas tous de la même manière. Confusion entre plafond de CA et seuil de TVA, prorata en cas de création en cours d'année, mécanismes de sortie progressive — les pièges sont nombreux.
En 2026, les montants restent ceux fixés par le décret de 2023, avec un mécanisme de révision triennale prévu pour 2028. Comprendre ces chiffres et anticiper les dépassements est la clé pour garder la maîtrise de votre régime fiscal.
Les plafonds de chiffre d'affaires : les chiffres 2026
Le régime micro-fiscal (abattement forfaitaire sur le CA) est conditionné au respect des seuils suivants :

| Nature de l'activité | Plafond CA HT annuel | Abattement forfaitaire |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, objets, denrées à emporter ou à consommer sur place | 188 700 € | 71 % |
| Prestations d'hébergement (hôtels, meublés, chambres d'hôtes) | 188 700 € | 71 % ou 50 % |
| Prestations de services commerciales ou artisanales (BIC) | 77 700 € | 50 % |
| Activités libérales (BNC) | 77 700 € | 34 % |
Ces plafonds s'entendent en chiffre d'affaires hors taxes, encaissé sur l'année civile (du 1er janvier au 31 décembre). Si vous êtes en franchise de TVA, votre CA HT est identique à votre CA TTC puisque vous ne facturez pas de TVA.
Bon à savoir : si vous exercez une activité mixte (par exemple, vente de produits + prestations de conseil), chaque catégorie dispose de son propre plafond. Toutefois, le CA global ne doit pas dépasser 188 700 €, et la part « services » ne doit pas excéder 77 700 €. Ce double plafond est source de nombreuses erreurs. Pour un accompagnement chiffré, reportez-vous à notre guide micro-entreprise.
Le prorata temporis : attention à la première année
Si vous créez votre micro-entreprise en cours d'année, les plafonds sont calculés au prorata du nombre de jours d'activité. C'est une règle que beaucoup de nouveaux entrepreneurs ignorent, avec des conséquences potentiellement lourdes.
Comment calculer le prorata
La formule est : plafond annuel × (nombre de jours d'activité / 365). Si vous démarrez le 1er avril 2026, vous exercez pendant 275 jours. Votre plafond en prestations de services sera de 77 700 × 275 / 365 = 58 521 €. En vente, il sera de 188 700 × 275 / 365 = 142 155 €.
Un micro-entrepreneur qui démarre en septembre avec une activité de services dispose d'un plafond proratisé d'environ 25 900 € sur 4 mois. Dépasser ce montant le première année le met en danger pour la suite.
Conséquences d'un dépassement la première année
Un dépassement la première année compte comme une première année de dépassement. Si le CA dépasse aussi le seuil la deuxième année, vous sortez du régime micro au 1er janvier de la troisième année. C'est pourquoi la vigilance s'impose dès le premier exercice.
Les seuils de TVA : un mécanisme distinct
Les seuils de TVA sont différents des seuils du régime micro. Vous pouvez rester en micro-entreprise tout en étant assujetti à la TVA. Ce sont deux mécanismes indépendants.
La franchise en base de TVA en 2026
Vous êtes dispensé de facturer et de collecter la TVA tant que votre CA ne dépasse pas les seuils de franchise :
| Activité | Seuil de franchise | Seuil majoré (dépassement toléré) |
|---|---|---|
| Vente de marchandises | 91 900 € | 101 000 € |
| Prestations de services | 36 800 € | 39 100 € |
| Avocats, auteurs, artistes | 47 600 € | 58 600 € |
Fonctionnement du mécanisme : si votre CA dépasse le seuil de franchise mais reste sous le seuil majoré, vous conservez la franchise pour l'année en cours mais la perdez l'année suivante. Si votre CA dépasse le seuil majoré, vous devenez assujetti à la TVA dès le premier jour du mois de dépassement.
Cela signifie qu'un prestataire de services peut facturer 38 000 € sans TVA en 2026, mais devra facturer la TVA dès le 1er janvier 2027. S'il dépasse 39 100 € en cours d'année, la TVA s'applique immédiatement. Consultez notre guide complet sur la TVA et micro-entreprise pour maîtriser ces mécanismes.
Sortie du régime micro : les scénarios possibles
Le dépassement des plafonds ne déclenche pas une sortie immédiate. Le législateur a prévu une période de tolérance pour éviter de pénaliser les micro-entrepreneurs qui connaissent une bonne année exceptionnelle.

Scénario 1 : dépassement une seule année
Votre CA 2026 dépasse les seuils mais celui de 2025 était en dessous. Vous restez en micro-entreprise en 2027. L'année de dépassement est simplement comptabilisée comme un « avertissement ».
Scénario 2 : dépassement deux années consécutives
Votre CA 2025 ET 2026 dépassent les seuils. Vous sortez automatiquement du régime micro au 1er janvier 2027. Vous basculez vers le régime réel d'imposition (réel simplifié ou réel normal). Cela implique une comptabilité en partie double, des déclarations de TVA, des obligations déclaratives plus lourdes.
Scénario 3 : vous décidez de quitter volontairement le régime micro
Même sans dépasser les seuils, vous pouvez opter pour le régime réel d'imposition si c'est plus avantageux (charges réelles supérieures à l'abattement forfaitaire). L'option se prend avant le 1er février de l'année concernée ou lors de la création. Elle est valable pour un an minimum et se reconduit tacitement. Pour en savoir plus sur le passage en société, consultez notre guide passer de micro-entreprise à société.
Activités mixtes : le casse-tête des doubles seuils
Si vous exercez simultanément une activité de vente et une activité de services, les règles se compliquent. Vous devez respecter deux conditions cumulatives.
Condition 1 : le CA total (vente + services) ne doit pas dépasser 188 700 €.
Condition 2 : la part « services » du CA ne doit pas dépasser 77 700 €.
Un exemple concret : vous vendez des bijoux faits main (vente) et proposez des ateliers de création (service). Si vous réalisez 130 000 € de ventes et 50 000 € d'ateliers, votre CA total est de 180 000 € (sous le plafond global de 188 700 €) et votre part services est de 50 000 € (sous le plafond services de 77 700 €). Vous restez en micro.
En revanche, avec 100 000 € de ventes et 80 000 € d'ateliers, le CA total est de 180 000 € (conforme) mais la part services dépasse 77 700 € — vous sortez du régime micro pour l'ensemble de votre activité.
Les seuils spéciaux : locations meublées et auto-entrepreneurs
Meublés de tourisme classés
Les loueurs de meublés de tourisme classés (type Airbnb avec classement officiel) bénéficient du plafond de 188 700 € avec un abattement de 71 %. Les meublés non classés relèvent du plafond de 77 700 € avec un abattement de 50 %. La loi Le Meur (2024) a durci les règles pour les meublés touristiques en zone tendue — vérifiez la réglementation locale avant de vous lancer.
Professions libérales réglementées
Les professions libérales affiliées à la CIPAV (architectes, psychologues, ostéopathes, etc.) sont soumises au plafond BNC de 77 700 €. Leurs taux de cotisations diffèrent légèrement de ceux des professions libérales SSI. Consultez notre guide sur les cotisations sociales micro-entreprise pour les taux détaillés.
Stratégies pour rester sous les plafonds
Plusieurs stratégies légales permettent de maximiser vos revenus tout en restant dans les limites du régime micro. Attention toutefois : l'objectif n'est pas de rester en micro à tout prix, mais de choisir le régime le plus avantageux pour votre situation.
Reporter des encaissements
En micro-entreprise, c'est la date d'encaissement qui compte, pas la date de facturation. Si vous approchez du plafond en fin d'année, vous pouvez négocier avec vos clients un règlement en janvier plutôt qu'en décembre. C'est parfaitement légal tant que ce n'est pas artificiel ou systématique.
Ajuster sa politique de prix
Plutôt que de refuser des missions pour rester sous les seuils, augmentez vos tarifs. Un CA de 77 000 € avec des prix plus élevés est plus rentable qu'un CA de 77 000 € avec des prix bas et un volume de travail important. La facturation est un levier de rentabilité, pas seulement une obligation administrative.
Anticiper le passage en société
Si votre CA se rapproche régulièrement des plafonds, c'est le signe que la micro-entreprise ne suffit plus. Commencez à préparer la transition vers une EURL ou SASU plutôt que de vous contorsionner pour rester dans les limites. La déduction des charges réelles et la récupération de la TVA compenseront largement le surcoût administratif.
Résultat : les plafonds de la micro-entreprise sont généreux pour un lancement d'activité, mais ils deviennent un frein dès que l'entreprise décolle. Surveillez votre CA chaque mois, anticipez les dépassements de TVA (qui tombent bien avant les plafonds micro) et n'attendez pas la dernière minute pour organiser votre transition. Un bon expert-comptable peut vous aider à identifier le moment optimal pour changer de régime.